NOUVELLE
CHANSON HISTORIQUE,
SUR 'UN AIR VIEUX.
(^Ry écoutez, PetitsGrands,
% L’hilteiïè de-m éehans Encans y
Qui -, pour affaiSneR teür “Meïe,
OntTrompéroutf © Mmiftere ,
Et pour exercer leur fureur /-^ s$
Ont compromis des Gens d’honnemv
v ' « . ' . le'!
Un- B,RS Normand, des p
Teripit les. couteau-x aïguifés. :
Mais prévoyant que cette trame
Le reridrojt encore plus infâme.
Le drôle s’eft fervi du bras
D’unCadédis de Garpentras.
Ces deux Ënfârts dénaturés
Ont pris fix petits Conjurés,
Les ont polies au coin -dès rues ,
Ont fait garder les avenues.
Et par cette complicité
Ont poignardé la Faculté,
A
Pour autorifer ce forfait;
Apprenez comment ils ont fait.
C’eft à force de calomnie
Qu’ils ont noirci leur Compagnie^
En publiant, fans prouver rien,
Qu’elle ne peut faire le bien.
s
D’après ces cris fécütieux.
Ils ont promis de faire mieux :
Mais de leur fcience infernale
Il ne fort qu’intrigue & cabale,
Et leur defir le plus urgent
N’eft que de palper de l’argent.
En vain la pauvre Faculté
A fix cents ans d’utilité, ,
Le fouvenir de fes fervices
Efl: détruit par des injuftices :
Tout le mai qu’elle avoir commis,
Eft d’avoir fait le bien gratis*
m
L’affaffinat prémédité
A peine étoit exécuté ,
On fe partageoit la défroque;
Chacun vouloit avoir fa loque,
Lorfque vingt autres chiens courtauds
Vinrent prendre part aux gâteauxr.
Alte-là : nos Affocæs
Ramper, s’il vous plaît, à nos pieds
Leur dirent ces Nérons modernes ;
Vous relierez nos fubalîernes :
Nous vous ferons porter les coups.
Mais pour l’argent il eft pour nous.
m
Les deux Chéfs, ouvrant les ballots
Se font emparés des bons lots.
Du produit des Eaux minérales
Et des Permiflions vénales;
Les Affociés concernés
Etoient avec un pied dé nez.
.386
Le futur efpoir du butin
Décida leur cœur incertain ;
Ils ont redoublé de bafieffe.
Pour que leur Maître les carefîe.
Et qu’îl daigne les avancer,
S’il eft quelqu’un à détrouffer.
386
Peut-être demanderez-vous
Les portraits de tous ces Filoux ?
La queftion eft trop maligne ;
Qu’eft-il befoin qu’on les déftgne?
Ceux que vous verrez vils &bas
En feront tous, n’en doutez pas.
. \ C 4 )
Mais bientôt leur régné eft fini,
Jamais rien ne refteimpuni;
Les deux Chefs & chaque Complice
Auront affaire à la Juftice :
Puiffent ils, fortontde prifon.
Panier l’air de cette Chanfoh !
FIN.
NOËL NOUVEAU.
Sur l’Air : Tous les Bourgeois de Châtre.
P ar droit inconteftable
Acquitté tous les ans,
Jéfus doit dans FÊtable
Recevoir nos préfens ;
De îa Société que Fon nomme Royale,
Les Membres s voulant tout avoir.
Sous le prétexte du devoir,
Vinrent faire, cabale.
t$r'
Suivi de fa Cohorte,
Prête à commandement,
Laffone ouvre la porte
Inconfidérément ;
Jofeph courta'uffi-tôt,‘&'fë prend àiuidire :
Ici de quel ton entrez vous ?
Voyez, apprenez que chez nous
li n’eft point de Zaïre.
%
Pouv déguifer fa honte,
Il préfente fon Fils,
Et commence un long conte
. Dê fes talens exquis,;
Ai
/V
J
( 6 )
L’Ane l’interrompit : Eft-ce ainfi qu’on nous
joue ?
On fait, dit-il, depuis long-tems
Le goût, l’efprit & les talens
Qu’il a pris à Padoue.
&
Laffone, pour réponfe ,
Comptant fur la faveur.
Avec emphafe annonce
Qu’il eft foh Succeffeur;
Je le forme à plaifir pour notre Souveraine :
Ah ! s’écria Jofeph furpris,
Outre le Pere avoir le Fils ,
Grand Dieu! fauves la Reine.
Vicq-d’Azyr fe préfente.
Il ofe fe nommer ;
Le Bœuf en épouvante
Croit qu’on va l’affommer:
Ah ! Jéfus, cria-t’il,ce Boucher m’embarraffe;
Au lieu d’apporter guérifon ,
Il a, fans rime ni raifon,
Exterminé ma race.
■ 4 /
Après ce Secrétaire
Arrivent vingt Elus,
L’Ane fe mit à braire :
Soye% Les bien-venus
Freres,je vous connois, vous êtes de ma
Clique;
&yant tous même qualité «
Avec vous en fociété
Nous ouvrirons boutique^
Quelques-uns de la bande
S’oflfenfent du propos :
Çà, dit-on, qu’on gourmande
Ce Général des Sots;
La Porte en vrai taquin va frapper fur la Bêtôr
Mais TA ne auffi-tôt l’efquiva ;
Lalouette fe trouvant-là,
Eut le coup fur la tête.
D’après cette méprîfe
La Porte entre en fureur ^
Et fur la Bête grife
Veut venger fon erreur :
Mais il s’amadqua , l’hiftoire ainfi l’expo fe5
Car fon coup n’étoit pas perdu.
Sur l’un ou l’autre individu
C’étoit la même chofe.
Sachant qu’à même chance
Il pouvoit avoir part,
Chamferu , par prudence ,
Court fe mettre à l’écart ;
Vicq - d’Azyr l’a jadis tancé fur fa bêtife l
Or remarquez-en le profit,
Fuir eft le premier trait d’efprit
Qui le cara&érife,
A 4
A cet exemple utile ^
Jeanroy fentit fon cœur*
Et v| comme un reptile
Pour cacher fa frayeur :
Toi l’opprobre d’un Oncle en tout recom¬
mandable ,
Je t’apperçois, lui dit Jéfus ;
C’eft donc pour tes cinq cents écus
Que tu te rends coupable ?
* 4 /
De fon ingratitude
Thouret rougit alors ;
Nul criminel n’élude
Le tourment des remords:
Il éprouvoiî déjà cet utile fupplice,
LalIoneTe voyant gémir,
Fait ligne de le raffermir
Au doucereux Lafiffe.
On n’avoit du meffage
Point encofedit l’objet,
L’hcmme au plus long corfage
En avoit le prpjet ;
Poiffonnier à Jéfus s’adreffe avec myftere.
Et difcourant ta,nt mai que bien,
Parle beaucoup, n’édaircit rien ,
Comme à fon ordinaire.
A travers le Yens-louche
Dont ce Marin parla.
Par nrt mot de fa bouche
Jéfus le dévoila:
Je vois à fond, dit-il, votre fauffe éloquence ;
Vous étés mauvais Citoyen ;
De n’avoir pas été Doyen ,
C’eft pour tirer vengeance.
• 4 *
La réponfe équitable
De notre Rédempteur
Fait retentir l’Etable
D’un bruit murmurateur;
LaTronpe efl ébranlée, à fqrtir on s’apprête :
Mais Vicq n’ayant pas fait fa main ,
Craignant de perdre fon butin,
D’un coup-d’œil les arrête.
Lorry fcrut qu’à Marie
II falloit s’adreffer;
D’une phrafe fleurie
f II alloit l’encenfer :
Mais Marie à rinftanti’arrêtiidur la route,
Et lui dit d’un air virginal :
De votre compliment bannal
La fadeur me dégoûte.
4 *
Haîlé prit la parole :
Mon Oncle eft infulté ;
Il a fait fon Idole
De notre Faculté.
De la foi des fermens vous vous jouez fans
honte,
Lui dit Jofeph avec pitié ;
Pourroît-onde votre amitié
Jamais faire aucun compte î
itfy
Poiffonnier Defperiere
Voulut argumenter :
Mais fa bouche orduriere
Sut toujours tout gâter ;
L’Ane lui fit exprès cent queftions fubtiles,
Pour favoir pofitivement
Ce qui l’avoit fi promptement
Fait partir pour les Ifles.
Ce trait à fon mérite
Etoit bien appliqué ;
Juffieu s’en félicite ,
C’eft fon Gendre manqué;
Ils auroient, fans la dot, été dans la concorde :
Mais au calcul leur double Agent,
Entr’eux, en homme intelligent,
Fit naître*iia difcorde.
■vfy
L’Auteur de la rupture
Etoit l’Abbé Tefîier;
Il paroît pour conclure
Et fe juftifier:
Certaine penfion par eux m’étoit promife;
Or, ce pot-de-vin me manquant.
J’ai dû, pour être conféquent,
Renverfer l’entreprife.
C il.)
Ne perdant point la tete
Dans tous ces vains débats ,
Pour commencer fa quête ,
Caille alonge fon bras ;
Eh quoi, lui dit Jofe-ph, quêter jufqu’à
l’Etable !
Vous quêtez à la Faculté,
Et dans votre Soci été ;
Vous quêteriez au Diable.
De Jéfus la pratique
Tenta Charles Leroi ;
A l’Ane il s’en explique ;
. Ah 1 procurez-la moi ;
Je pourrai vous offrir moitié de l’honoraire :
Grand merci, dit l’Ane en courroux ,
A des Laquais adreffez-vous ,
Ils font mieux votre affaire.
Laffés de ces Couleuvres
Qu’il falloit avaler,
Les Membres, par leurs oeuvres,
Veulent fe fignaler;
Macquer vetrt: commencer, l’Ane le trouve
étrange, .
Et lui dit : Dans un lieu puant,
Vous n’aviez qu’un pied feulement ;
Vos deux font dans la fange.
( 12 )
Portant fon fpécifique ,
Andry fe préfenta ;
Sur un ton magnifique
En Maître il le vanta :
Fi donc-, lui dit Jéfus, vous crachez du mer¬
cure ;
Ce rob n’eft qu’un leurre déplus,
Vous l’exaltez pour les écus
Que fon débit procure.
-&
Partageant cette offenfe,
Paulet vint réclamer :
Une telle fentence
Pourroit nous diffamer :
Tout ce qu’il vous plaira, lui dit auffitôt
l’Ane;
Vous protégez un Charlatan ,
Vous en recevez du comptant,
Ce trafic vous condamne.
Sans craindre ce reproche,
Bucquet montre fon front,
Et tire de fa poche
Un morceau de favon:
Voici contre l’eau-forte un plus fur antidote ;
Ah ! dit Jéfus, laiflons cela ,
Je fuis furpri de vous voir-là.
Quittez cette marotte.
Geoffroy, croyant mieux faire,
Offrit Tes Hannetons ;
Cet Infe&e vulgaire
Plaît aux petits garçons ;
Jéfus connut l’Avare au fon de fa parole.
Et délirant le renvoyer:
Monfieur, dit-il, pour vous payer.
Je n’ai pas une obole.
L’appareil éleôrique
Fut offert par Mauduit;
De fon effet magique
Il vanta le produit :
Je fecoue, à mon gré,' les humeurs ennemies.*
Ah ] dit le Boeuf, faites toujours,
C’eft-là fans doute un grand fecours
Dans les épidémies.
Coqiiereau , comme un Sage ,
N’offrit rien de fon chef,
Et mit tout en ufage
Pour raccoler Jofèph ;
Celui-ci lui répond: vous me la baiiiezbonne.
Pour entrer dans votre bourbier ,
Après Macquart & Colombier,
Ne comptez fur perforine. .
L’orgueil du petit homme
Soutint bien ce refus ,
De quel coup qu’on l’affomme,
, * ( T + )
Il n’eft pas plus confus ;
Sa tête eft fi féconde en audace, en foupleffe !
Jusqu'au moment qu’il la perdra,
Selon le cas il emploiera
L’aftuce ou la baffeffe.
i&r
Ce Raccoleur s’avance
D’un ton plus radouci,
Il fait la révérence
Au Bœuf, à l’Ane aufil :
Il nous faut des Sujets, oh! vous ferez des
nôtres :
Vous entrez bien dans nos projets ;
Nature vous fît tout exprès,
Vous en valez bien d’autres.
A la première annonce
Le Bœuf refufe net,
On a même réponfe
De la part du Baudet :
Mais en fe ra vifant, je fuis prêt à vous fuivre,
Dit le Bœuf, mais auparavant
Qu’on chaffe ce Boucher Normand,
Car enfin je veux vivre.
■v&r
Vous avez vu, dit l’Ane,
Ma bonne volonté:
Mais de vous il émane
Certain Gas empeftéi
C I* )
Il m’a fait balancer, mais à tout je m’expofe s
Comptant bien, fans prévention,
Obtenir une penfion ,
C’eft bien la moindre chofe.
On traita d’impudence
Le marché du Baudet;
Un tas d’Adeurs s’avance,
Difputant d’intérêt:
C’efl moi , crioit chacun, qu’il faut qu’on
penfionne.
Tous ces gofiers de foif brûlans
Jettoiént tant de cris différens
Qu’on n’entendoit perfonne.
Les Bergers à l’Etable
Arrivoient à grands pas ;
Ce bruit épouvantable
Fait treffaillir leurs bras-:
Ils trouvent à la crèche uneTourbe inquiette;
Craignant pour Marie oc Jéfüs,
Ils chafTent ces nouveaux Intrus
A grands coups de houlette.
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